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07 févr.

Histoire et évolution des tests d'intelligence

 

Introduction

L'intelligence a longtemps été un concept abstrait, dont on ne comprenait ni les origines, ni le développement. Avec un recul de plus d’une centaine d’années de recherche et grâce aux technologies modernes, notamment grâce au progrès des neurosciences et du séquençage ADN, nos connaissances à ce sujet ont radicalement changé.

Les tests d'intelligence humaine sont utilisés de nos jours dans de nombreux contextes différents pour évaluer les aptitudes et les compétences des individus, notamment :

  1. Dans le domaine de l'éducation : les tests d'intelligence sont utilisés pour identifier les forces et les faiblesses de l'apprentissage d'un élève et pour adapter l'enseignement en conséquence. Ils peuvent également être utilisés pour catégoriser les élèves dans des groupes en fonction de leur niveau et pour évaluer leur progression au fil du temps.
  2. Dans le domaine du travail : les tests d'intelligence sont utilisés pour sélectionner les candidats à un emploi et également pour évaluer les compétences et aptitudes d'un employé pour un poste en particulier.
  3. Dans le domaine de la santé mentale : les tests d'intelligence sont utilisés pour évaluer les fonctions cognitives d'une personne et pour détecter divers troubles mentaux, notamment la maladie d'Alzheimer.
  4. Dans le domaine de la recherche : les tests d'intelligence sont utilisés pour étudier les facteurs qui influencent les performances intellectuelles, comme l'âge, le sexe, l'environnement ou les facteurs biologiques et génétiques.

Avant d'explorer les modèles contemporains de l'intelligence, leurs fonctionnements et la recherche associée à ce sujet, je vous propose de débuter cette fascinante histoire par une première série d’articles concernant l’historique et l’évolution des tests d’intelligence. Comment en sommes-nous arrivés à évaluer les capacités mentales, quelles en sont les premières découvertes et qui en sont les pionniers ?

Une compréhension globale de l’histoire et du développement de ces concepts est nécessaire afin comprendre les implications et utilisations de l'intelligence dans notre vie quotidienne, y compris dans les domaines de l'éducation, du travail et de la santé mentale, ainsi que des débats éthiques et moraux autour de l’utilisation des tests.

1 - Histoire de l’évolution de l’intelligence

Premières traces en Chine

Les premiers tests d'intelligence remontent à plus de 2000 ans av. J.-C. en Chine, à cette époque, ces derniers étaient utilisés pour sélectionner des officiers dans l'armée impériale. Ces tests ont continué à être employés par le gouvernement chinois, qui a cherché à les perfectionner au fil des siècles. C'est alors que les premiers tests écrits ont été rédigés et utilisés durant la dynastie Han (200 ans av. J.-C.). À cette époque, les tests d'intelligence étaient principalement utilisés pour sélectionner des candidats à la fonction publique, notamment les fonctionnaires et magistrats.

Ces tests contenaient des questions de culture générale et de logique, ainsi que d’épreuves de rédaction et de calcul. Les tests d'intelligence étaient également utilisés dans les écoles pour évaluer les connaissances et les compétences des élèves. La croyance en ce temps était que les personnes ayant de bonnes capacités intellectuelles étaient plus aptes à occuper des fonctions importantes dans la société. Il est intéressant de noter que, contrairement aux tests d'intelligence modernes qui mesurent principalement les aptitudes cognitives, les tests d'intelligence de l'Antiquité en Chine étaient également utilisés pour évaluer les qualités morales et éthiques des candidats. On croyait que les personnes ayant de bonnes qualités morales et éthiques seraient plus aptes à exercer des responsabilités importantes de manière juste et équitable.

Philosophes grecques

Les philosophes grecs ont joué un rôle important dans l'évolution de notre compréhension de l'intelligence. Dans l'Antiquité, de nombreux philosophes grecs ont réfléchi à la nature de l'intelligence et à sa place dans la société. Platon, par exemple, croyait que l'intelligence était liée à la raison et à la contemplation de l'univers. Selon lui, l'intelligence permettait de comprendre les idées et les concepts abstraits, ce qui pouvait aider à résoudre les problèmes de la vie quotidienne. Aristote, quant à lui, a écrit sur la logique et la raison, considérant que l'intelligence était liée à la capacité de raisonner de manière logique et de comprendre les relations causales entre les choses.

Certains philosophes grecs ont également discuté de la relation entre l'intelligence et les émotions. Pour certains, comme Platon, les émotions pouvaient être un obstacle à l'intelligence, tandis que pour d'autres, comme Aristote, les émotions et l'intelligence étaient étroitement liées et pouvaient même s'entraider mutuellement.

Dans l’ensemble, les philosophes grecs ont contribué à notre compréhension de l'intelligence en mettant l'accent sur la raison, la logique et les émotions, et en explorant leur relation avec l'intelligence. Leurs idées ont exercé une influence profonde sur la manière dont nous concevons l'intelligence aujourd'hui.

Phrénologie & Cranioscopie

A la fin du 18e siècle, les courants de la phrénologie et de la cranioscopie émergent. Ces derniers représentent une révolution pour l'époque : l'humain possèderait des facultés mentales qui sont non seulement innées, mais de plus mesurables en palpant le crâne de la personne ! L'explication derrière cette théorie serait que le développement du cerveau influencerait la forme extérieure du crâne. Il s'agit ici de la première théorie mise en pratique, qui permettrait de déterminer ces caractéristiques innées chez un individu.

Différents théoriciens proposent dès lors leur propre cartographie de facultés mentales, mesurables sur le crâne en fonction de la taille, de la forme et des creux : entre 27 à 35 zones pouvant être localisés sur la surface du crâne.

L’utilisation de ces nouvelles théories ira même jusqu’à déterminer si un individu deviendrait un criminel ou non, en fonction de la forme de son crâne.
Si le concept peut paraître absurde aujourd'hui, ce mouvement eut un très large succès et fut commercialisé : des cartes étaient vendues à l'unité, permettant aux habitants de mesurer soi-même sa personnalité !

Broca et Wernicke - succession à la phrénologie

En 1861, Paul Broca, neurologue, découvre en réalisant une autopsie chez un patient aphasique, la localisation d'un centre du langage dans le cerveau. Sa découverte est complétée par celle du neurologue allemand, Carl Wernicke, qui lui aussi découvre une zone liée au langage. Historiquement, il s'agit de la première localisation d'aires spécifiques à des habilités mentales, ces zones sont actuellement nommées "aire de Broca" et "aire de Wernicke" et sont effectivement impliquées dans la production et la compréhension du langage.

2 - Evolutionnisme - de l'animal à l'humain

Charles Darwin et le Darwinisme

Charles Darwin va développer sa théorie sur l'évolution, qui sera grandement reconnue, en se basant sur la sélection naturelle : Darwin explique les différences chez les animaux, comme étant le produit de caractéristiques permettant la survie de l'espèce. Cette théorie va fortement influencer les perspectives évolutionnistes par la suite. Le Darwinisme est à l'origine de nombreux champs d'études en psychologie, notamment :

  • La psychologie comparative - qui consiste à comparer l'espèce humaine à d'autres espèces
  • La psychologie différentielle - étude des différences intra- et inter-individuelles
  • La psychologie évolutionniste - étude des différences entre individus comme étant des produits de notre évolution

Francis Galton (1822-1911)

Galton, le cousin de Darwin, mathématicien, explorateur et météorologue, s'intéresse à la biologie et à la psychométrie. Galton pense que la théorie de l'évolution de Darwin s'applique également à l'être humain, autant physiquement que psychologiquement.

À la suite d’un échec universitaire, Galton va consulter un phrénologue afin de déterminer les raisons de son échec. C'est alors qu'il va développer un intérêt pour ce sujet et va commencer ses recherches. Au début de ses travaux, Galton n’étudie pas l'intelligence en tant que telle. Il commence par enregistrer différentes caractéristiques physiques, mais également psychologiques comme les temps de réaction. Ces tests vont rapidement se populariser et, en 1884, plus de 10'000 personnes payeront pour la passation de tests psychologiques !

Les travaux de Galton lui vaudront le titre de pionnier dans le domaine des tests psychométriques pour des bonnes, mais également mauvaises raisons : en reprenant les idées de sélection naturelle pour l'humain, il fonde une science de l'eugénisme. Francis Galton croit en une politique d'amélioration de l'espèce humaine : certaines familles auraient de meilleurs patrimoines génétiques et laisser la sélection naturelle opérer n’est pas suffisant, il faudrait l'aider à accélérer le processus (notion reprise lors de la seconde guerre mondiale par les l’armée Nazie). En d'autres termes, Galton souhaite favoriser la reproduction des individus avec le meilleur patrimoine génétique et empêcher la reproduction des moins performants.
À la suite de ses travaux, un essor de la psychologie évolutionniste est observé : les conduites, ainsi que les différences (par exemple entre hommes et femmes, ou culturelles) sont analysées d'un point de vue évolutionniste.

Conclusion

Cet aperçu de l'historique des conceptions de l'intelligence nous permet de suivre les premières utilisations de mesures dans un contexte de sélection en Chine. Ensuite, les philosophes grecs ont développé des idées sur la logique, la raison et leur lien avec les émotions. Nous voyons une première volonté d'étudier les capacités mentales de l'être humain avec le développement de la phrénologie et de la cranioscopie. Toutefois, la première véritable découverte ne sera pas mesurée à l'extérieur du corps humain, mais lors d'une autopsie : Broca et Wernicke découvriront les centres de régulation de la production et de la compréhension du langage. À la suite de ces découvertes, les évolutionnistes chercheront à concilier leurs théories de sélection naturelle chez les animaux avec les découvertes sur le cerveau et les capacités intellectuelles. Galton développera ces idées, mais dans l'optique d'améliorer l'espèce humaine avec l'eugénisme. Cette notion présage des différents enjeux éthiques et politiques que nous aborderons dans les articles à suivre.

Nous verrons dans la prochaine partie, comment les échelles métriques ont été développées, notamment grâce aux travaux d’Alfred Binet, considéré comme un pionnier dans le développement des tests d’intelligence, dans l’idée d’aider les enfants en difficulté et d’améliorer le système scolaire.

Yannick Harboe-Schmidt, 
étudiant en psychologie, passionné par la recherche,
en particulier sur la personnalité, l’intelligence et les neurosciences

Références

  • Georges Lanteri-Laura, Histoire de la phrénologie, PUF, 1970.
  • Gregory, R. J. (2005). The history of psychological testing. Psychological tesfing: History, principles and applicafions, 45-75.
  • Wainer, H. (1987). The first four millennia of mental testing: From Ancient China to the computer age. ETS Research Report Series, 1987(2), i-6.

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